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par yves
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Description :
Moi, ma vie, mon oeuvre

Ville :
Leipzig

Date de naissance :
10/01/1986

Site internet :
http://www.myspace.com/dishawaii
Calendrier
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Interview Backstage
Faire une interview pour la radio qui dure 3:30, ça demande des heures et des heures de travail. Description du processus.


1. Le cool :

La requête :
Les labels nous envoient les dates de concerts de leurs groupes, on sélectionne les dates de notre ville, en l'occurence Leipzig pour moi. On a donc un planning des concerts à venir. Pour demander une interview, on s'adresse au label environ une à deux semaines avant. Pour les gros groupes on demande bien avant car toutes les radios sont sur le coup. Si la réponse est positive, on convient d'un rendez-vous. Généralement sur le lieu de concert, après les balances.

Le micro :
Dans ma radio, il y a 5 rédactions différentes qui comportent chacune une dizaine de journalistes. Cela fait une cinquantaine de personnes qui se disputent les superbes micros à mémoire flash intégrée qui valent 1500 euros. Il y en a peu. Il faut donc se dépêcher pour en avoir un, sinon, on se retrouve avec un vieux micro à cassette complètement analogique, et pour une interview qui dure une demi-heure, il faut ensuite l'enregistrer à nouveau sur l'ordinateur, plutôt que de copier/coller le fichier wav. Chiant non ?

La préparation :
Personne n'invente jamais rien. Pour préparer une interview, on écoute tout d'abord toute la discographie du groupe, on lit les chroniques de ces albums, on s'intéresse à la biographie, aux dates de tournée, aux reviews de concerts, aux projets parallèles, bref, on amasse un tas d'informations pour faire croire qu'on connaît bien le groupe. Moi je cherche d'autres interviews du groupe pour ne pas poser trop les mêmes questions...

L'interview :
On attend toujours, c'est un théorème comme celui des "deux minutes". Je ne sais pas pourquoi mais très peu de groupes sont ponctuels. L'overbooking de la hype ? Soit. On pose nos questions, le groupe répond, on fait genre on est meilleurs potes et on rentre chez soi. Notez que c'est le seul moment très agréable du processus : on est sur guest list, le groupe te fait coucou après le concert, boit parfois un verre avec toi et discute si tu as été très cool (ce qui est toujours mon cas n'est-ce pas).


2. Le moins cool : la préprod

Couper l'interview :
Lundi matin, des souvenirs plein la tête de ce concert gratuit (seul intérêt de supporter ce que je vais décrire maintenant). On a enregistré la piste audio de l'interview sur l'ordinateur et il faut maintenant l'exploiter. Merde : il murmure dans un dialecte de Glasgow, il dit beaucoup de "Hum", il répète "You know" tous les deux mots. Le temps d'antenne est court : on va couper. On coupe donc l'interview en petits morceaux jusqu'à avoir trois-quatre blocs de 30 secondes maximum où les gars disent quelque chose d'intéressant et de cohérent. Deux-trois heures de travail.

Doublage :
On part du principe que tout le monde n'est pas forcément bilingue. Il faut donc traduire et doubler. Quand on double, on laisse d'abord le type commencer dans sa langue, on baisse son volume, on double, on finit avant que lui ne l'aie, on remonte son volume et on le laisse finir. Cela demande du timing qui ne colle que rarement au premier essai. De plus, il est préférable de jouer la scène en respectant l'entouthiasme ou le dépit de la personne. Quinze minutes pour les pros.

Reportage :
On se fout pas mal de ce que le journaliste peut bien demander, ce qui intéressse l'auditeur, ce sont les explications du groupe. Il faut donc broder un reportage autour. Le mieux étant d'introduire le sujet de manière subtile et d'éviter de dire : "maintenant ce type va nous expliquer pourquoi il recherche le défi technique". Plutôt dire : "ce groupe recherche le défi technique pour ne pas s'ennuyer dans son jeu", et là pile poil, le gars répond "c'est exactement la raison pour laquelle on fait de la musique...". Quand le reportage s'articule bien, il faut l'enregistrer, et là encore, avec la voix, il faut marquer les informations importantes par une voix plus incisive. DES HEURES pour formuler de manière concise, que chaque phrase apporte quelque chose que lse style soit simple mais précis.

Infos :
Pour ces imbéciles d'animateurs, on prépare un texte d'introduction pour présenter l'interview et la même chose pour la conclusion. Pour ne pas qu'il balance l'interview dans le vent comme ça.


3. Le pas cool : la prod
Je manque de me suicider presque à chaque fois. Il faut incorporer de la musique en fond, la monter quand on a fini de parler, la diminuer de volume quand on recommence, arranger les différentes pistes audio qu'on a en alternant : reportage - explication du groupe - musique - reportage - etc...
Bien sûr si je parle d'un morceau, il est toujours très cool de l'entendre après dans l'interview, mais il est rare que les temps coïncident, alors on coupe, recoupe, arrange, réarrange, loope des parties de morceaux, reloope pour que les temps tombent pile poil sur le moment où je présente un morceau et que dans la foulée en remontant la musique, on entende le titre de la chanson dans le refrain. Oui c'est tout un art. Et tout ça quand il n'y a pas de problème technique.Il n'est pas rare que l'ordi aie envie de me faire chier et qu'il ferme le logiciel comme ça sans raison en perdant tout mon travail. Remarque, il suffit de recommencer...

Mais au final, on a une interview bien construite avec le reportage, les voix du groupe, de la musique, on a sélectionné les meilleures infos possibles et l'on est un peu fier de notre bébé de 3:30 que les gens n'entendront qu'une fois dans leur vie avant qu'on ne balance ce fichier audio à la poubelle...

par evans. le 18/02/2007 à 00:56
... Et dire que je croyais en chier à mort pour les interviews de Visual...

par Ross le 19/02/2007 à 17:00
Perso, je me suis bien retrouvé dans l'histoire des cassettes analogiques et des "hum...you know" avec un accent.
Par contre, là on a toute la beauté de l'art de faire une interview et toute sa cruauté (surtout en radio), 3mn30 de concentré d'heures de boulot qui finissent par devenir corbeille !
En tout cas, très intéressant de voir comment bosse une radio.


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