L'Autre Blogger Rock !
par evans.
À propos de...
Description :
Un webzine ne suffisait pas.
Ville :
Paris
Date de naissance :
10/02/1984
Site internet :
http://www.needfx.net
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Il y a un théorème connu de beaucoup de monde dans beaucoup de milieux. Un théorème aussi connu que celui qui veut que la fumée aille toujours en direction des non fumeurs. Ce théorème, c'est le théorème de "Deux minutes !". Deux minutes, censées suffire à finir ce que l'on est en train de faire. Deux minutes où on va réussir à faire un petit pas pour l'homme et un grand pas pour l'humanité. Ce théorème est valable avant de se coucher, avant de commencer à travailler, avant de partir à son rendez-vous, avant de crever. Et aussi dans mon travail, d'autant plus que ces deux minutes, c'est sacré. Mais c'est un fait connu, reconnu, et prouvé : les graphistes sont incapables de tenir les délais imposés. Et c'est encore plus valable à Paris ou il est même interdit dans le monde de la comm' d'arriver avant 10 heures sur son lieu de travail sous peine de casser les clichés véhiculés par... je ne sais trop quoi mais qui tiennent depuis longtemps. Quand vient le moment de boucler un projet, il reste toujours un petit truc à faire. Ce petit truc qui fera la différence : ajouter une petite touche de couleur par-ci ou bien dessiner un petit picto à finir pour la route, faire un petit test de positionnement en inversant deux blocs ou tenter en deux clics de refaire toute une maquette (avec en prime, la démo en animation Flash). Cela peut paraître incroyable mais souvent, c'est possible : en deux minutes on a réellement le temps de changer tout un monde. Et on le sait. Alors on se lance, le chronomètre est lancé. On est en très motivé parce que derrière, le chef de projet s'impatiente et le client commence à fatiguer la standardiste à vouloir à tout prix jeter un oeil à sa commande. Et puis il y a ces écouteurs enfoncés profondément dans nos oreilles qui balancent le rythme qui va bien. Plus que trente secondes mais on est au bout, une dernière modif'. Plus que cinq secondes, et ça y est, on sauvegarde. Zéro seconde top chrono : c'est fini. La modif' est faite, tout est parfait.
Mais on n'est plus à deux minutes près. Et puis deux minutes de plus, ce n’est pas trop grave. On a toujours le droit d'avoir un petit peu de retard. Et il est vrai que le traitement du bandeau laisse à désirer : ça bave, l'illustration a franchement été faite en vitesse, il faudrait inverser le sens du visuel, le logo devrait peut-être être repensé... Ca tombe bien, il reste encore deux minutes avant la livraison finale et puis après tout, c'est comme si la connexion était momentanément naze, empêchant de mettre en ligne tous les fichiers, ce qui reste probable et compréhensible. Alors top chrono : il est relancé. Et ça repart.
Une heure plus tard, la maquette n'a pas bougé, mais en fait, si. Tout se tient. Tout le monde est aussi un peu furax à côté. Mais nous, on est fier. Fier de savoir que cet imperceptible pixel est là où il faut, que ce sous-titre est parfaitement aligné et que tout est cohérent. Fier d'avoir pu user intelligemment de ces deux petites minutes pour fignoler cette chose gênante que seuls les professionnels du milieu pourront voir, avec un peu de chance. Fier d'être totalement incompris mais de pouvoir se regarder en face dans un miroir.
Bref, ce théorème, c'est aussi ce truc connu qu'on appelle être "minutieux". Mais c'est aussi ce truc qu'on a l'habitude de remplacer par "Oh putain, le lourd".